L’Espagne à l’honneur du récital d’Ahlima Mhamdi à Gramat

                                        

                                        @ crédit photo : Hélène Biard


Le dernier concert auquel j’ai assisté à Gramat est un récital de la très belle mezzo soprano Ahlima Mhamdi qui s’était fait remarqué dans Carmen Al Andalus fin 2023 à l’Opéra de Clermond Auvergne (https://cult.news/scenes/opera/carmen-arabo-andalouse-une-vision-originale-a-lopera-de-clermont-auvergne/?fbclid=IwY2xjawMT78BleHRuA2FlbQIxMABicmlkETBIWmJxR042T0lTYWoxS1VhAR7OPRlMHTYp3lKbxPL9qLjlcVteo3vg0EgBpdNE54OROw6IAxqKt4qbxh4fBQ_aem_dSX5x6awBgSAuZVPyony7A). Elle poursuit d’ailleurs une très belle carrière aussi bien avec Opéra Eclaté et avec d’autres compagnies et maisons d’Opéra et je m’en réjouis pour elle. Le récital auquel j’ai assisté le 11 août dernier se déroulait dans le cloître du Grand Couvent de Gramat. Mhamdi était accompagnée par deux excellents musiciens : Gaspard Brécourt au piano (il est aussi chef d’orchestre et mène par ailleurs une très belle carrière) et Maxime Senizergues à la guitare.


Des œuvres françaises inspirées par l’Espagne


Au XIXe siècle l’Espagne était très en vogue en France et nombre de compositeurs ont publié des œuvres très hispanisantes. Si Carmen en est l’exemple le plus connu malgré l’échec cuisant de sa création, il y a un nombre considérable d’œuvres instrumentales, vocales et/ou opératiques. Si Ahlima Mhamdi n’en a choisi que trois dans le répertoire considérable de cette période d’un dynamisme inégalable c’est parce qu’il a fallu faire des choix drastiques et que ces musiques ne sont pas le coeur de cible du récital d’Ahlima Mhamdi en ce beau lundi soir d’été. La soirée commence avec une mélodie de Pauline Viardot (1821-1910) : Madrid. Pour rappel, Pauline Viardot est la sœur de la célèbre cantatrice Maria Malibran (1808-1836) et commença par une carrière d’artiste lyrique avant d’arrêter en pleine gloire pour se marier et devenir compositrice. Elle laissa un corpus imposant de mélodies composées sur des poèmes russes (https://lyriqueinfo.blogspot.com/2021/09/les-melodies-russes-de-pauline-viardot.html), mais aussi d’autres poètes de nationalités diverses. Bien qu’annoncée souffrante peu avant le début de la soirée, Ahlima Mhamdi interprète « Madrid » avec un aplomb remarquable. Dès les premières notes la jeune femme met en valeur sa belle voix de mezzo ; les nuances et les tempos sont parfaits, la diction est idéale et l’accompagnement de Gaspard Brécourt souligne parfaitement le texte et la voix de Mhamdi. Avec « Nuit d’Espagne » de Jules Massenet (1842-1912) on reste dans la mélodie française et l’on en peut que saluer la très belle lecture de Mhamdi et de Brécourt qui démontre une nouvelle fois son grand talent de pianiste. Pour l’air de Dulcinée « Alza » extrait de Don Quichotte du même Jules Massenet, Ahlima Mhamdi est parfaitement accompagnée par l’excellent guitariste Maxime Senizergues. Et quel plaisir d’écouter cet arrangement pour voix et guitare qui fonctionne à merveille sous les doigts agiles de Sezinergues.


Des cycles et des mélodies espagnols de très belle facture


Dans le reste du programme on retiendra surtout la superbe interprétation du cycle « Siete canciones populares espanolas » de Manuel de Falla (1876-1946) qu’Ahlima Mhamdi prend à son compte avec une belle autorité. Mais la mélodie « Nana de Sevilla » de Federico Garcia Lorca (1898-1936) est interprétée avec la même détermination et la même autorité. Comme pour les trois extraits de musique française, j’ai admiré la diction remarquable de Mhamdi qui a travaillé avec une rigueur exceptionnelle en amont du concert. Ahlima Mhamdi a programmé aussi des compositeurs moins connus mais tout aussi intéressants que leurs illustres collègues en interprétant Chiquitita la novia de Fernando Obradors (1897-1945) et La hijas de zebedeo de Ruperto Chapi (1851-1909).


Deux œuvres instrumentales pour permettre aux musiciens de se mettre en valeur


Pour ce concert, Ahlima Mhamdi est accompagnée par deux musiciens valeureux. Pour lui permettre de prendre quelques nécessaires minutes de repos, ils ont intégré deux pièces de musique instrumentale. Maxime Sezinergues interprète une œuvre de Francisco Terrega (1852-1909) : Caprice arabe, non sans avoir rappelé avec une bonne dose d’humour qu’une des œuvres de Terrega a été reprise par une marque bien connue de téléphone pour sa sonnerie. Sezinergues rend justice à ce compositeur méconnu dont la musique est pourtant si belle. Quant à Gaspard Brécourt, il interprète avec talent un extrait instrumental de Maria de Buenos Aires de Astor Piazzolla (1921-1992). On ne manquera pas de rappeler que l’unique opéra de Piazzolla fait une percée fulgurante et que depuis quelques années il est donné tant en France qu’à l’étranger soit dans son intégralité (https://lyriqueinfo.blogspot.com/2019/08/maria-de-buenos-aires-une-cloture-de.html) soit par extraits lors de récitals.


C’est un très beau concert que nous ont offert Ahlima Mhamdi, Gaspard Brécourt et Maxime Sezinergues. Si l’on peut regretter que la mezzo ait été diminuée par la maladie elle n’en a pas moins « fait le job » avec un beau panache. Quant à la musique espagnole ou apparentée, elle a brillé de mille feux sous le ciel lotois.


Compte rendu, concert. Gramat. Cloître du grand couvent, le 11 août 2025. Pauline Viardot (1821-1910) : Madrid (chanté en français) ; Jules Massenet (1842-1912) : Don Quichotte – Alza, air de Dulcinée (chanté en français), Nuit d’Espagne (chanté en français) ; Manuel de Falla (1876-1946) : Siete canciones populares espanolas ; Francisco Terrega (1852-1909) : caprice arabe pour guitare ; Federico Garcia Lorca (1898-1936) : Nana de Sevilla ; Federico Mompou (1893-1987) : Damunt de tu nomes les flors ; Astor Piazzolla (1921-1992) : Maria de Buenos Aires (extrait pour piano), Yo soy Maria (bis) ; Fernando Obradors (1897-1945) : Chiquitita la novia ; Ruperto Chapi (1851-1909) : La hijas de zebedeo. Ahlima Mhamdi, mezzo soprano ; Gaspard Brécourt, piano ; Maxime Senizergues, guitare.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Bastien et Bastienne de Mozart présenté aux Estivales du Freney d’Oisans

Musique baroque, musique brésilienne et fado au programme de Joao Paulo Ferreira et Joao Santos

Offenbach au programme du concert de clôture des estivales du Freney