Dialogues des Carmélites au Théâtre des Champs Elysées : Une reprise réussie

L'opéra "Dialogues des Carmélites" de Francis Poulenc (1899-1963) a une place à part dans l''histoire de la musique. En effet, le Teatro alla scala de Milan lui avait commandé un ballet pour lequel il montrait fort peu de motivation et aucun enthousiasme. Devant cet état de fait, Ricordi, qui fut aussi l'éditeur de Giuseppe Verdi (1813-1901), lui proposa alors de composer un opéra tiré de la nouvelle "La dernière à l'échafaud" de Gertrud Von Lefort (1876-1971). L'oeuvre fut d'abord créée en italien à Milan puis, en français, à Paris quelques mois plus tard.

La série présentée en février au Théâtre des Champs Elysées, est une reprise de la mise en scène d'Olivier Py, présentée pour la première fois en décembre 2013. La distribution réunie en 2013 a connu quelques changements pour la reprise de 2018; il n'en demeure pas moins que nous avons eu droit à une distribution cinq étoiles dominée de la tête et des épaules par une Patricia Petibon éblouissante. Olivier Py a monté une mise en scène de très belle tenue, sobre, avec une direction d'acteur remarquable. Les décors tout en bois, composés de mobiles qui se déplacent au gré des scènes qui passent, les lumières et les costumes servent d'écrin à des artistes survoltés. 

Dans le rôle de Blanche de la Force, Patricia Petibon était très en voix vendredi soir. Dès les premières scènes, elle utilise avec talent la fragilité et des craintes de Blanche pour en faire une force et la craintive Blanche devient une héroïne en montrant au peuple réuni sur la place comment on meurt avec panache (on peut d'ailleurs regretter que le choeur ne soit pas sur scène mais dans les loges de côté. Ce choix de mise en scène, le seul point faible, me semble-t-il, porte préjudice à la marche vers la mort de Blanche et des carmélites mais pas que). C'est Sabine Devieihle qui chante soeur Constance. Contrairement à Blanche, qui exprime sa peur par une rigidité forcée, la jeune novice cache sa peur sous une éspièglerie charmante; c'est la seconde fois que je voyais Devieihle en salle, elle réussit le tour de force de passer de Lakmé, rôle très lyrique et exigeant, à Soeur Constance, rôle déclamatoire par excellence. Et le talent de la jeune soprano réside dans cette capacité à tenir le pari tant vocal, tout y est (ligne de chant impeccable, maitrise d'un instrument solide, diction idéale), que scénique. Avec Anne Sophie Von Otter nous avons une Mme de Croissy de grand luxe. L'altière mezzo suédoise n'a plus rien à prouver depuis longtemps tant la technique est irréprochable. Et d'ailleurs sa Croissy est terriblement humaine, tant lors de l'accueil de Blanche au Carmel que lors de sa mort. La Madame Lidoine de Véronique Gens est également impeccable vocalement; la nouvelle prieure qui parait un peu hautaine au premier abord est tout aussi humaine que Croissy et montre un grand courage au moment d'aller à l'échafaud. En mère Marie de l'Incarnation, nous avons une Sophie Koch très inspirée. Si on peut regretter que la mezzo française mange parfois ses mots, tronquant ainsi ses phrases, la voix est ferme, sure et Sophie Koch assume cranement un rôle ingrat dans la mesure ou Mère Marie n'évolue pas vers le prieuré. Satnislas de Barbeyrac séduit en Chevalier de la Force. Le jeune ténor, dont la carrière s'est envolée après les Victoires de la musique classique 2014 (révélation artiste lyrique), donne une vision émouvante du jeune homme très attaché à son père et à sa soeur mais aussi inquiet de l'évolution des évènements; et le dialogue entre le frère et la soeur avant le départ de celui ci à l'étranger laisse transparaître cette inquiètude, comme la vision prémonitoire de l'éxécution de Blanche et de son père. Nicolas Cavallier est un marquis de la Force solide; le baryton basse fait montre d'une belle autorité, et si son destin, comme celui de Blanche, est scellé, il n'en n'est pas moins humain. Dans les seconds rôles, notons la très belle performance de Francois Piolino en père confesseur, devenu prêtre réfractaire avec l'application des lois révolutionnaires visant à déchristianiser la France. L'ensemble AEDES, parfaitement préparé par son chef, Mathieu Romano, donne une fort jolie performance. On peut juste se demander pourquoi le choeur est cantonné aux loges de côté; ce cantonnement nous semble amoindrir la traque du prêtre et l'éxécution finale des carmélites.

Dans la fosse, l'Orchestre National de France est dirigé par Jérémie Rhorer. Régulièrement invité au Théâtre des Champs Elysées pour diriger aussi bien de grands orchestres que son propre ensemble, Jérémie Rhorer a bien progressé depuis la série d'Idomeneo donnée dans ce même théâtre il y a quelques années. S'il est moins brouillon et toujoirs aussi enthousiaste, c'est justement cet enthousiasme qui le pousse à faire jouer son orchestre parfois trop fort couvrant au passage les artistes qui sont sur scène. C'est d'autant plus regrettable que le style déclamatoire adopté par Poulenc se trouve du coup impacté par une direction qui gagnerait à être plus sobre.

Dialogues des Carmélites, opéra en trois actes de Francis Poulenc (1899-1963) sur un livret du copmpositeur d'après la nouvelle "La dernière à l'échafaud" de Gertrud Von Le Fort. Patricia Petibon, Blanche de la Force; Sophie Koch, Mère Marie de l’Incarnation; Véronique Gens, Madame Lidoine; Sabine Devieilhe, Sœur Constance de Saint Denis; Anne Sofie von Otter, Madame de Croissy; Stanislas de Barbeyrac, Le Chevalier de la Force; Nicolas Cavallier, Le Marquis de la Force; Sarah Jouffroy, Mère Jeanne de l’Enfant Jésus; Lucie Roche, Sœur Mathilde; François Piolino, Le Père confesseur du couvent; Enguerrand de Hys, Le premier commissaire; Arnaud Richard, Le second commissaire, un officier; Matthieu Lécroart Thierry, le médecin, le geôlier; Orchestre National de France; Chœur du Théâtre des Champs-Elysées; Ensemble Aedes. Jérémie Rhorer, direction. Olivier Py mise en scène; Pierre-André Weitz scénographie et costumes; Bertrand Killy lumières.

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