L’ensemble consonance clôt le premier week-end de Concert d’automne en beauté


 



                            Crédit photos : Rémi Angéli


Fondé en 2011 par François Bazola qui en assure depuis la direction musicale et artistique, l’ensemble consonance est devenu l’un des deux ensembles en résidence au festival Concerts d’automne – l’autre étant l’ensemble Jacques Moderne qui a séduit un public nombreux le 3 octobre dernier (https://lyriqueinfo.blogspot.com/2026/10/lensemble-jacques-moderne-met-le.html). Cela étant dit, l’ensemble consonance mène en parallèle de cette résidence une très belle carrière un peu partout en France.


L’ensemble revient à l’occasion de l’édition 2026 du festival Concert d’automne avec un programme de musique baroque française qui a le mérite de mettre en lumière un compositeur moins connu mais tout aussi intéressant que ses collègues : Henri Du Mont (1610-1684). Je tiens à saluer la travail de recherche effectué par François Bazola qui, à l’instar de ses collègues chefs de chœur et/ou chef d’orchestre, cherche toujours à présenter des programmes originaux avec des compositeurs et/ou des œuvres méconnus ou oubliés.


Henri Du Mont (1610-1684) : un rôle important au service de personnages importants de la cour de Louis XIV


Comme tant d’autres compositeurs du XVIIe siècle Henri Du Mont était connu et reconnu à la cour de Louis XIV. Mais il a aussi été actif hors de la cour versaillaise ; homme d’église, il a eu la charge de paroisses et d’abbayes qui lui rapportaient des revenus conséquents en plus de ses cachets d’instrumentiste et de compositeur. Les motets sélectionnés par François Bazola sont des œuvres chantées à deux ou trois voix. Et j’ai apprécié de voir sur le plateau installé devant le maître autel deux très belles voix de sopranos : Capucine Keller et Myriam Arbouz qui remplaçait Juliette Perret souffrante. Les deux jeunes femmes étaient accompagnées par François Bazola qui chantait les parties de basse. De Vide Omo à Jubilate Deo (pour basse et soprano) en passant par Récit de l’éternité ou encore Vulnerasti cor meum, les trois chanteurs nous font découvrir une musique agréable à écouter Mais Du Mont a aussi laissé un corpus instrumental. Et l’organiste Mathieu Valfré a eu l’occasion de jouer seul une « Allemande grave pour orgue » devant une église bien remplie. L’oeuvre de Du Mont reprend le principe de la danse de cour mais avec un tempo plus lent (d’où le grave accolé à Allemande).


Sainte Colombe et Marin Marais


S’il y a bien un compositeur qui est tombé dans un oubli total et absolu c’est bien Jean de Sainte Colombe. Cette disparition a commencé dès 1700 (année supposée de son décès) jusqu’en 1991. On ne connaît pas exactement ses dates de naissance et de mort et on ne l’a redécouvert que grâce au film Tous les matins du monde (Alain Corneau [1943-2010]). La bande son du film a été enregistrée par Jordi Savall, Christophe Coin, Montserrat Figueras et Le concert des nations. L’on y écoute des œuvres de Mr de Sainte Colombe (vers 1640-vers 1700), Marin Marais (1656-1728), on élève le plus célèbre et Jean Baptiste Lully (1632-1687). C’est un prélude pour viole de Mr de Sainte Colombeque nous interprète la très belle violiste Flore Seube. On regrettera de n’avoir pas pu écouter plus d’oeuvres de Mr de Sainte Colombe mais ce n’était pas le sujet du concert. Les voix humaines de Marin Marais (1656-1728) nous permet de voir les trois instrumentistes ensemble. C’est un moment suspendu qu’ils partagent avec un public très attentif et séduit par ces trois très beaux musiciens.


Marc Antoine Charpentier (1643-1704) : une « étoile » au firmament


Si Marin Marais n’a pas connu le triste destin de son maître, Marc Antoine Charpentier (1643-1704) a eu une carrière florissante aussi bien à la cour qu’en dehors et même s’il a connu une longue période d’éclipse, il a retrouvé une certaine notoriété grâce entre autres à Camille Saint Saëns (1835-1921) qui commença a fouiller dans les partitions du passé à l’extrême fin du XIXe siècle et à la musicienne Germaine Louise Micheline Crussard (1893-1947) plus connue sous le nom de Claude Crussard qui publia dans les années 1950 un livre consacré au compositeur : « Charpentier, un musicien oublié ». Dans les années 1970 Michel Corboz (1934-2021) et Jean Claude Malgoire (1940-2018) ont fini d’enfoncer les portes ouvertes suivi ensuite par quelques un des plus grands chefs d’orchestre français et étrangers. François Bazola a sélectionné cinq motets à deux ou trois voix de Charpentier accompagnés par une basse continue. Chacun de ces motets est interprété avec une rigueur peu commune et les trois voix se marient parfaitement. Mais ne nous y trompons pas, les six artistes présents sur le plateau appliquent cette maxime à l’ensemble de la soirée pour le plus grand plaisir d’un public venu nombreux.


Si on ne peut que regretter de voir que le concert ne dure qu'une heure, l'ensemble des artistes présents devant le maître autel de l'église Notre Dame la riche recoivent une ovation grandement méritée de la part d'un public venu nombreux en ce beau dimanche d'octobre.


Compte rendu, concert. Tours. Eglise Notre Dame la riche, le 4 octobre 2026. Henri Du Mont (1610-1684) : Vide Homo, Cantibus organis, Allemande grave pour orgue (instrumental), Récit de l’Eternité, Vulnerasti cor meum, Jubilate Deo ; Marc Antoine Charpentier (1643-1704) : O bone Jesu H.244, Transfige amabilis Jesu H.259, O Amor, O pretiosum, Bone Pastor H.439 ; Jean de Sainte Colombe (vers 1640-vers 1700) : Prélude pour la viole (instrumental) ; Marin Marais (1656-1728) : Les voix humaines (instrumental). Capucine Keller, Myriam Arbouz, sopranos ; Diego Salamanca, théorbe ; Flore Seube, viole de gambe ; Mathieu Valfré, orgue. Ensemble consonance ; François Bazola, basse et direction.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les trois B : barbara, Brel Brassens célébrés à Eauze

Cinq questions à Yassine Benameur ... Directeur artistique de l'Opéra des Landes

L’abbaye aux dames de Saintes a présenté le programme du festival 2026 à la presse et au public