L’ensemble Jacques Moderne met le baroque allemand à l’honneur



 

                               

                             Crédit photos : Rémi Angéli

            

Après le beau succès du concert de Jordi Savall en ouverture du festival Concert d'automne (https://cult.news/musique/classique/jordi-savall-concerts-automne-tours-2026-llibre-vermell/) je me suis rendue à l’église Saint Julien pour le concert de l’ensemble Jacques Moderne. Cet ensemble, comme l’ensemble consonance, est en résidence permanente au festival à l’invitation d’Alessandro di Profio, son directeur artistique.


Pour ce concert, Joël Suhubiette s’est focalisé sur la période baroque allemande. Si l’on retrouve sans surprise quelques membres de la dynastie Bach, on croise aussi un compositeur moins connu – Johann Hermann Schein (1586-1630) – et un compositeur contemporain de Jean Sébastien Bach – Georg Philip Telemann (1681-1767) – avec qui il collabora d’ailleurs sur plusieurs motets. On ne présente plus Heinrich Schütz (1585-1672) qui est l’un des grands noms qui font le lien entre musique ancienne et musique baroque – en Italie Claudio Monteverdi (1567-1643) tint le même rôle que Schütz tout en endossant celui de « père » de l’opéra avec l’Orfeo créé en février 1607.


Heinrich Schütz (1585-1672) et Johann Hermann Schein (1586-1630) : de la musique ancienne à la musique baroque


Imposer une limite de temps est toujours un peu compliqué car les choses suivent leur cours sans se préocuper de savoir si la musique ancienne a toujours sa place ou si la musique baroque balaie tout sur son passage. Ce n’est pas ainsi que ça se passe et tant mieux car les deux « genres » se sont nourris l’un l’autre s’enrichissant mutuellement et évoluant au fil du temps. Le motet « Zion spricht – Der Herr hat mich verlsassenn » de Schein est parfaitement interprété par les huit chanteurs de l’ensemble qui sont soutenus par une basse continue remarquable composée d’un violoncelle baroque, d’un théorbe et d’un clavecin. Le motet de Schütz « Jauchzet dem Herren, alle Welt (Psaume 100 SWV 198) » est tout aussi exceptionnel. La direction parfaite de Joël Suhubiette et la diction idéale des huit chanteurs sont une pièce majeure de cette soirée et je salue la parfaite maîtrise et des chanteurs et des musiciens qui prennent manifestement un réel plaisir à se plonger dans cet univers sobre et emprunt d’une foi toute simple.


La dynastie Bach au coeur du programme


Si l’on part au coeur de l’Allemagne baroque, on aura forcément à faire à une dynastie importante de ce pays (qui n’en était pas encore un aux XVIIe et XVIIIe siècles mais une multitudes de principautés plus ou moins importantes impossibles à négliger puisqu’on était au centre du saint empire romain germanique) : les Bach. Si Jean Sébastien et ses fils sont les plus connus, il ne faut pas oublier la multitude d’oncles, de cousins compositeurs qui entourent Jean Sébastien, son père et ses fils. Johann Bach (1604-1673) est le fondateur d’une branche cousine de celle de Jean Sébastien et le motet « Sei nun wieder zufrieden » est un très bel exemple de ce que produit un Bach. Si chacun s’exprime de manière très personnelle, les poèmes sont toujours traités avec un respect absolu et la musique qui résonne sous les voûtes de l’église Saint Julien mérite grandement la reconnaissance que lui donne Joël Suhubiette qui fait aussi sortir Johann Christoph Bach (1642-1703) qui est un grand oncle de Jean Sébastien. L’ensemble interprète avec brio deux motets de Johann Christoph Bach dont la place au sein de la dynastie Bach est indiscutable.



Georg Philip Telemann : du compositeur « solitaire » au duo avec Jean Sébastien Bach


Contemporain de Jean Sébastien Bach, Georg Philip Telemann (1681-1767) a laissé un imposant et varié corpus musical et instrumental. Les trois motets choisis par Joël Suhubiette sont issus du même livre. Les poèmes sont parfaitement mis en musique par un Telemann à la foi très profonde et sincère, et la basse continue accompagne les chanteurs avec une bienveillance inégalable sous la direction de Joël Suhubiette très inspiré. Les trois motets du programme que Telemann et Jean Sébastien Bach ont composé en collaboration reflètent une diversité de techniques de composition qui se sont parfois confrontées mais qui ont aussi été source de compromis et le résultat est agréable à écouter.


C’est de nouveau un programme de très belle facture que Joël Suhubiette et l’ensemble Jacques Moderne ont présenté en l’église Saint Julien de Tours. Le public venu nombreux en ce samedi soir a réservé une ovation debout à l’ensemble des artistes présents devant le maître autel de l’église Saint Julien.



Compte rendu, concert. Tours. Eglise Saint Julien, le 3 octobre 2026. Johann Christoph Bach (1642-1703) : Ich lasse dich nicht, Liner Herr Gott ; Jean Sébastien Bach (1685-1750) : Komm Jesu, Komm BWV 229 ; Heinrich Schütz (1585-1672) : Jauchzet dem Herren, alle Welt (Psaume 100 SWV 198) ; Johann Bach (1604-1673) : Sei nun wieder zufrieden ; Johann Hermann Schein (1586-1630) : Zion spricht – Der Herr hat mich verlsassenn ; Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Halt, was du hast TWV.8:9, Ein feste Burg ist unser Gott TWV.8:7, Es segne uns Gott, unser Herr TWV.8:8 ; Georg Philipp Telemann (1681-1767) / Jean Sébastien Bach (1685-1750) : Jauchzet dem Herren, alle Welt BWV Anh 160, Jauchzet dem Herren, alle Welt, Sei Lob und Preis (Bach), Man, Lob und Ehre und Weisheit (Telemann). Ensemble Jacques Moderne. Joël Suhubiette, direction.

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