Les trois B : barbara, Brel Brassens célébrés à Eauze


 

                                           Crédit photo : Caroline Gife pour Opéra Eclaté


C’est un concert très inhabituel auquel j’ai assisté mercredi soir. En effet le très jeune Justin Domenicone, âgé de seulement 25 ans, défendait le répertoire de trois immenses chanteurs de variété : Barbara, Georges Brassens et Jacques Brel. Et il a relevé le pari avec l’insolence (dans le meilleur sens du terme) de la jeunesse. Pour ce concert, qui a commencé avec du retard à cause de l’éclipse solaire qui se déroulait ce même jour en tout début de soirée (de 19h18 à 21h16) nous étions installé à la Villa Domus ( https://www.elusa.fr/la-domus-de-cieutat-le-centre-d-interpretation) à l’entrée même de la jolie bourgade d’Eauze (4108 habitants au cœur du département du Gers). Le festival initié par la compagnie Opéra Éclaté y célèbre cette année sa cinquième édition et le succès est une nouvelle fois au rendez-vous.


C’est donc une soirée très festive qui s’invite dans ce site archéologique, dont les fouilles sont encore en cours, et devant un public nombreux et très éclectique. Sur la scène sont installés un accordéoniste, un violoniste et une contrebassiste (qui est aussi violoncelliste). Ils accompagnent avec talent Justin Domenicone qui prend un malin plaisir à tourner ses complices en dérision dès qu’il en a l’occasion. On prend donc plaisir à écouter ces chansons que Domenicone chante avec gourmandise, non sans avoir invité son public à chanter avec lui s’il le souhaitait. Tout le monde ne l’a pas fait, mais ici et les certaines personnes ont relevé le gant avec enthousiasme. Jeune et amoureux de la vie, Justin Domenicone a choisi des chansons festives ; aucune ne parlait de la mort, aucune ne poussait à la tristesse. Et en ce chaud mercredi soir d’août c’était assez rafraîchissant.


Barbara : une vie dédiée à la chanson


Qui s’intéresse à cette chanteuse à part dans le paysage français sait quelles épreuves elle a subi dans sa jeunesse, elle en parle dans des chansons, comme Nantes ou encore L’aigle noir, et dans ses mémoires restées inachevées en raison de sa disparition. Cependant Justin a choisi d’autres chansons qui nous emmènent dans un autre univers. On s’amuse de la gouaille du jeune homme qui prend ces titres avec une belle assurance. Si on prend plaisir à réécouter Dis quand reviendras tu ou Göttingen, les autres chansons sont tout aussi plaisantes à écouter


Georges Brassens : entre dérision et sérieux


Georges Brassens, mort à seulement 60 ans des suites d’un cancer de l’intestin qui s’est ensuite généralisé, a laissé un impressionnant corpus de chansons. Certaines étaient assez provocatrices d’autres étaient « plus sages » mais toutes étaient chantées par cette voix immédiatement reconnaissable d’une manière très personnelle, pas toujours très juste, car Brassens n’a jamais appris le solfège et le rythme, mais toujours avec une véritable générosité. Justin Domenicone n’a pas repris Le gorille, trop évident dès qu’on parle de Brassens ; en revanche L’orage, Le parapluie ou encore Les copains d’abord font leur effet dans le public chante avec un vrai plaisir ces chansons. On s’amuse de voir Eric Allard-Jacquin jouer Chanson pour l’auvergnat à l’accordéon ; cela étant dit, le résultat est très agréable à écouter.


Jacques Brel : Un pari risqué



Pendant toute sa vie Jacques Brel a écrit un nombre de tubes impressionnants. Justin Domenicone n’a eu qu’à se servir dans ce répertoire très diversifié. Il a fort judicieusement écarté des chansons comme Ne me quitte pas au profit de titres comme Au printemps, Au suivant ou encore Les bourgeois (une satire très réjouissante au demeurant) et Vesoul. On s’amuse de voir Justin s’éclater sur la scène en chantant les chansons de Brel qui trouve là un interprète très inspiré et assez audacieux pour donner à ces chansons un très nécessaire vent de fraîcheur.


Un trio de musiciens très inspirés pour accompagner Justin Domenicone


Eric Allard Jacquin, accordéon ; Louis Ouvrard, violon et Maëlise Parisot, contrebasse et violoncelle assurent chaque concert avec un professionnalisme digne des meilleurs et on ne peut que s’en réjouir car le concert des 3 B est très énergivore. S’il a fallu arranger chaque titre pour ce trio original (accordéon violon, violoncelle/contrebasse) il a aussi fallu se mettre au diapason du chanteur. Ce fut chose faite avec une rigueur incomparable ; et les trois musiciens ont accompagné Justin Domenicone avec talent lui répondant du tac au tac lorsqu’il leur lançait quelques petites piques bien senties.


C’est un concert original et très rafraîchissant que Justin Domenicone te ses trois complices ont monté pour le plus grand plaisir d’un public venu nombreux qui a répondu présent quand Justin a annoncé qu’il pouvait chanter avec lui. Pour le bis, le seul de la soirée, car ils chantaient et jouaient le lendemain soir dans La vie de Bohême, Justin a repris Quand on a que l’amour avec ses copains de La vie de Bohême qui étaient venus l’écouter.


Compte rendu concert. Eauze. Domus de La Cieutat, le 12 août 2026. Barbara (1930-1997) : Si la photo est bonne, Chapeau bas, Dis quand reviendras tu, du bout des lèvres, Göttingen ; Georges Brassens (1921-1981) : Le temps ne fait rien à l’affaire, La complainte des filles de joie, l’orage, le parapluie, Les copains d’abord, chanson pour l’auvergnat ; Jacques Brel (1929-1978) : Au printemps, Au suivant, Les bourgeois, Vesoul, bis : Quand on a que l’amour. Justin Domenicone, chant. Eric Allard Jacquin, accordéon ; Louis Ouvrard, violon ; Maëlise Parisot, contrebasse et violoncelle.

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