Un dernier concert en forme de feu d’artifices pour Jean François Heisser à la tête de l’Orchestre de Chambre Nouvelle Aquitaine
A l’occasion de ce concert exceptionnel, Jean François Heisser a invité plusieurs pianistes qu’il présente comme sa famille de coeur : Marie Josèphe Jude – qui est aussi sa compagne – , Charles Heisser – son fils – , Bertrand Chamayou et Jean Frédéric Neubrger, deux de ses élèves les plus brillants, qu’il forma lorsqu’il était enseignant au Conservatoire de Paris.
Gilbert Amy et Charles Heisser : deux créations mondiales au programme
Ce concert était l’occasion de présenter deux œuvres en création mondiale : Invention V de Gilbert Amy (né en 1936) et Soufre, traces pour deux pianos et orchestre de Charles Heisser (né en 1998). La rencontre de deux générations est toujours une opportunité remarquable. Car Gilbert Amy, qui atteindra l’âge vénérable de 90 ans dans quelques semaines, n’est pas seulement pianiste et enseignant, il est aussi un compositeur chevronné dont la riche et longue carrière connaît un nouveau point d’orgue avec la commande de l’Orchestre de Chambre Nouvelle Aquitaine pour cette soirée ultime. Avec « Invention V », nous avons le privilège d’entendre une œuvre pour orchestre de très belle facture dirigée avec maestria par Jean François Heisser qui dirige l’orchestre d’une main ferme et nerveuse. Charles Heisser est un pianiste polyvalent qui passe de la musique classique au jazz et à la musique contemporaine avec aisance. Sa nouvelle œuvre « Soufre, traces pour deux pianos et orchestre » est également une commande l’OCNA. Composée entre septembre et décembre 2025 , le jeune homme a repris son œuvre après l’accident de son père pour la présenter sous sa nouvelle forme pour deux pianos et orchestre (https://lyriqueinfo.blogspot.com/2026/06/interview-croisee-jean-francois-heisser.html). C’est avec Marie Josèphe Jude, sa mère que Charles Heisser interprète lui même son œuvre sous la direction de son père. Ce « mini concerto », ainsi que le présente Charles Heisser lui même dure 8 minutes ; si je salue l’implication sans failles du jeune compositeur, il n’a que 28 ans, je pense qu’il a une belle marge de progression et que sa passion pour ses deux univers, le jazz et la musique classique et contemporaine, lui permettra incontestablement de produire des œuvres plus belles et surprenantes.
Franz Schubert (1797-1828) : une symphonie restée inachevée
Compositeur prolixe, Franz Schubert (1797-1828) a aussi dû lutter contre la syphilis qui a pourri la fin de sa vie et qui a finit par l’emporter à seulement 31 ans. Sa huitième symphonie, restée inachevée date de 1822. Oubliée pendant de longues années, cette œuvre, dont le troisième mouvement est resté à l’état d’ébauche, a été redécouverte bien après la disparition de Schubert ; désormais régulièrement donnée, la symphonie inachevée a été dirigée sans faiblesse par un Jean François Heisser très inspiré.
Beethoven (1770-1827) / Heisser (né en 1950)
On es dans un cycle Beethoven quasi permanent tant ses symphonies sont jouées et rejouées depuis des années, et le bicentenaire de sa disparition qui s’approche à grands pas semble . Il y a eu plusieurs transcriptions des neufs symphonies de Ludwig Van Beethoven (1770-1827). Celle de Jean François Heisser ne manque pas de saveur. Deux pianos, quatre pianistes et une interprétation pleine de vie ; à l’un des pianos étaient installés Jean François et Charles Heisser, à l’autre étaient Marie Josèphe Jude et Jean frédéric Neuburger. Les quatre pianistes ont déroulé ce « pot-pourri » des symphonies de Beethoven avec une élégance et une verve inégalables. Cela m’a agréablement changée des interprétations « traditionnelles » des symphonies beethovéniennes.
Francis Poupoule (1899-1963) : Bertrand Chamayou et Jean Frédéric Neuburger pour défendre le concerto pour deux pianos
La soirée se termine avec le concerto pour deux pianos et orchestre de Francis Poulenc (1899-1963). Jean François Heisser revient sur le podium pour la dernière fois de la soirée pour diriger Bertrand Chamayou et Jean Frédéric Neuburger dans le chef d’œuvre de Poulenc. Et c’est un feu d’artifices pianistique et orchestral que nous offrent les musiciens de l’orchestre, Jean François Heisser et les deux solistes. Le double concerto trouve là des interprètes exceptionnels et Chamayou et Neuburger se montrent plus que largement à la hauteur du chef d’oeuvre de Poulenc ; l’association de ces deux très brillants pianistes et de l’OCNA fait véritablement des merveilles.
C’est un concert final somptueux que Jean François Heisser a offert au public pictavien venu nombreux en ce beau mardi de juin. Et il ne s’y est pas trompé ce public en lui réservant une ovation debout largement méritée. J’espère que nous aurons le plaisir de revoir Jean François Heisser en tant que pianiste invité très bientôt.

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