Un beau duo piano voix à Montsoreau : Emy Gazeilles et Adrien Gey enchantent l’église Saint Pierre de Rest
@ crédit photo : Karl Pouillot
Les musicales de Montsoreau existent depuis 31 ans. Créée par le claveciniste Mario Raskin, la manifestation s’est rapidement implantée dans le paysage culturel régional. Car Montsoreau est au cœur d’un triangle formé par Fontevraud-l’abbaye, Cande Saint Martin et Saumur dont le rayonnement est international grâce à Aliénor d’Aquitaine qui termina sa vie à l’abbaye royale de Fontevraud et à Saint Martin dont les restes furent transférés de nuit de Tours à Candes Saint Martin (l’abbatiale Saint Martin fut d’ailleurs construite pour les abriter).
Pour le quatrième concert de l’édition 2026 du festival, les responsables des musicales de Montsoreau ont invité un jeune et brillant duo : la soprano Emy Gazeilles et le pianiste Adrien Gey. A l’occasion de cette soirée les jeunes gens ont abordé un répertoire qu’ils n’avaient, jusqu’à présent jamais abordé en concert : les lieder de Franz Schubert (1797-1828) et les mélodies de Sergei Rachmaninov (1873-1943). Âgée de seulement 25 ans Emy Gazeilles a intégré la troupe de l’Opéra National de Paris à 23 ans devenant ainsi la benjamine de l’institution parisienne. Adrien Gey, âgé de 28 ans, accompagne sa partenaire avec une bienveillance et une sûreté de métier remarquable.
Schubert : La truite et La jeune fille et la mort en fer de lance
Franz Schubert a laissé un grand nombre de lieder dans sa courte et très active carrière de compositeur ; et ce genre, lui convenait d’ailleurs très bien. La truite a une place à part puisque Schubert en a aussi fait un quatuor qui est régulièrement intégré dans les programmes de tout ensemble qui se respecte. Dès les premières notes de « Die frühlingsglaube » on est surpris par le professionnalisme exceptionnel de ces deux jeunes artistes : elle maîtrise sa voix avec un art consommé ; des graves aux aigus, percutants, la voix est solide, saine, la tessiture ample couvre parfaitement celle des lieder de Schubert. De Die frühlingsglaube à La jeune fille et la mort, Emy Gazeilles s’épanouit avec une maturité exceptionnelle, digne des meilleures.
Rachmaninov interprété en russe
Au retour de l’entracte, les deux artistes abordent les mélodies de Sergeï Rachmaninov. On aurait pu s’attendre à voir Emy Gazeilles chanter en français, mais d’entrée de jeu son complice et accompagnateur annonce que la jeune soprano va chanter en russe. Pour une première interprétation des mélodies de ce compositeur, prolifique au demeurant, c’est assez audacieux et le pari est réussi car la diction est parfaite. De « Le matin » à « Vocalises », Emy Gazeilles, déroule avec une sûreté de métier exceptionnelle pour une si jeune artiste.
crédit photo : Scarbo pour La Nouvelle République
Adrien Gey : un pianiste brillant et un accompagnateur parfait
Un mélodiste sans un accompagnateur ne peut pas faire grand-chose. Adrien Gey, âgé de seulement 28 ans, s’avère être un pianiste brillant ; les introductions mélodiques sont parfaites et lorsque Mlle Gazeilles commence à chanter il l’accompagne avec une rigueur et une maîtrise quasi parfaites. Les tempos, les nuances, les harmoniques sont ciselés avec un art consommé et Adrien Gey se hisse sans efforts au niveau des plus grands pianistes passés ou en activité. C’est aussi lui qui présente les lieder de Schubert et les mélodies de Rachmaninov allant jusqu’à citer une lettre du compositeur ou il parlait de sa sœur décédée à seulement 18 ans alors que lui même n’en avait que 12 ou 13. C’est un chose que j’ai apprécié car ce n’est pas toujours le cas.
Le public venu nombreux a réservé une ovation grandement méritée à ces deux jeunes et séduisants artistes qui ont concédé deux bis, des mélodies déjà interprétées plus tôt dans la soirée avant de rejoindre les spectateurs au verre de l’amitié offert par les responsables de l’association.
Compte rendu concert. Montsoreau. Église Saint Pierre de Rest, le 7 août 2026. Franz Schubert (1797-1828) : Die frühlingsglaube (La foi du printemps), Die forelle (La truite), Litanei auf das fest allerseelen (Litanie pour la fête des morts), Der musensohn (Le fils des muses), Ständchen (Sérénade), Die jünge nonne (La jeune nonne), Der tod und das mädchen (La jeune fille et la mort) ; Sergeï Rachmaninov (1873-1943) : opus 4 – Le matin, Dans le silence de la nuit secrète, Ne chante pas pour moi, belle ; opus 8 – Le rêve ; opus 14 – Je t’attends, L’île, Eau de source ; opus 21 – Les lilas, Comme ce point est juste ; opus 34 – Vocalise. Emy Gazeilles, soprano ; Adrien Gey, piano


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