Les estivales du Freney présentent Acis et Galatée


 



On a beaucoup parlé du massif de l’Oisans à l’occasion du dernier tour de France ou l’Alpe d’ Huez a vu deux arrivées d’étapes le 24 et le 25 juillet dernier. Si chacun connaît maintenant le Bourg d’Oisans ou les coureurs passent juste avant d’entamer les 21 virages les plus connus de France. A quelques encablures du Bourg d’Oisans se trouve le petit village du Freney d’Oisans (260 habitants au recensement de 2023) qui est un carrefour vers d’autres parties du massif comme Le joli petit village d’artisans de Venosc, La Bérarde, Saint Christophe en Oisans, les deux alpes d’un côté et vers La Grave, Serre Chevalier, Briançon (entre autres sites et villages) de l’autre. C’est donc dans un endroit très fréquenté aussi bien en été qu’en hiver que nous posons nous posons nos valises le temps d’assister à une représentation de Acis et Galatée opéra de Georg Friedrich Haendel (1685-1759) composé et créé en 1718 au château de Cannons, résidence du duc de Chandos.






Une version sans récitatifs présentée dans une belle mise en scène


Pour maintenir le format de poche adopté depuis 2023 Lorenzo Cipriani, le directeur musical et artistique des Estivales du Freney, et Vincent Cipriani, le metteur en scène attitré de la manifestation, ont coupé l’ensemble des récitatifs qu’ils ont remplacé par des scénettes bien ficelées qui permettent au public de suivre facilement l’action d’Acis et Galatée. Vincent Cipriani qui met en scène son quatrième opéra dans le cadre des Estivales du Freney, propose une lecture très sobre du chef d’œuvre de Haendel malgré des costumes très contemporains. Cela étant dit, les histoires d’amour et de jalousie jalonnent les siècles sans répit, donc on ne se formalisera pas à ce sujet. Les décors d’Adeline Withnell, qui est aussi en charge des costumes et de la scénographie, sont minimalistes mais correspondent assez bien au « thème » champêtre d’Acis et Galatée.








Une distribution cohérente et d’un niveau élevé


Pour défendre Acis et Galatée, Lorenzo Cipriani a circulé en Italie, jusqu’à Naples, pour trouver quatre artistes valeureux ; et on est servis. Le couple de jeunes paysans est incarné à merveille par le ténor Fédérico Lepore et la soprano Marina Esposito. Dès les premières notes on est séduits par des voix fermes, parfaitement maîtrisées envahissant le parvis de la petite église du Freney sans efforts. Ce couple formé, le temps de deux soirées donne de très belles choses à entendre pendant toute la soirée y compris dans les parties chorales puisque les quatre chanteurs interprètent aussi tous les chœurs de la partition. Roberto Gaudino est un beau Polyphème. Si dans le premier acte il chante essentiellement dans les chœurs, dans le second ou voit le baryton napolitain se transformer en un homme amoureux et jaloux. La romance de Acis et Galatée le fait enrager « Eh bien monseigneur, que vous arrive-t-il ? » dit l’une des comédiennes en lui apportant un marteau (un pastiche bien sur). « Je suis amoureux de Galatea » répond il avec un accent italien charmant. Giovanna Pagnucco (Damon) complète avec bonheur la distribution vocale. Natacha Schlosser est l’une des deux comédiennes qui « résument » l’action d’Acis et Galatée. Et l’on s’amuse beaucoup à la voir jouer la comédie passant de l’humour en début de soirée à la confrontation à la fin de la représentation dans le genre du « je t’aime moi non plus ». On apprécie aussi de voir la jeune femme fait un pas de danse agréable en cours de soirée (un costume adapté eût d’ailleurs été bienvenu). Sole Tosi fait montre d’un humour acéré pendant toute la soirée et le public réagit à ses sorties de manière très spontanée.



Un orchestre de poche bien préparé


L’orchestre des estives ne compte que huit musiciens : deux violons, deux altos, deux hautbois, un violoncelle et une contrebasse. L’ensemble est dirigé par Lorenzo Cipriani. Fin musicien, et baroqueux chevronné, le chef adopte des nuances et des tempos parfaits ; attentif à ses chanteurs il veille à ne jamais les couvrir tout en soutenant avec une efficacité remarquable un plateau très en forme. On regrettera quand même que l’orchestre ne soit pas plus fourni mais la partition de Haendel est très bien interprétée et j’ai apprécié la belle sonorité de ce « mini » orchestre qui rend justice au compositeur anglo saxon avec un beau panache.


C’est une belle lecture d’Acis et Galatée que nous ont présenté Lorenzo Cipriani et Vincent Cipriani. Et contrairement à l’édition 2025, les quatre artistes présents sur le plateau connaissaient la partition sur le bout des doigts. Le public venu nombreux a d’ailleurs réservé un accueil très chaleureux aux quatre chanteurs, aux comédiennes et à l’équipe qui a participé à la soirée.


Compte rendu, opéra. Le Freney d’Oisans. Parvis de l’église Saint Arey, le 1er août 2026. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Acis et Galatée opéra en deux actes sur un livret de John Gay (1685-1732). Fédérico Lepore, Acis ; Marina Esposito, Galatée ; Roberto Gaudino, Polyphème ; Giovanna Pagnucco, Damon ; Sole Tosi, actrice ; Natacha Schlosser, actrice, danseuse, chorégraphe. Orchestre des estives ; Lorenzo Cipriani, direction. Vincent Cipriani, mise en scène ; Adeline Withnell, décors, costumes, scénographie.


Crédit photos : Hélène Biard

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