L’ensemble Josquin Des Prés présente la petite messe solennelle de Rossini en l’église abbatiale de Saint Savin
@ crédit photo : Michel Bonessée
Lorsque Gioachino Rossini (1792-1868) compose la petite messe solennelle en 1864, il n’a plus composé d’œuvre importante depuis son Stabat Mater (qui fut d’ailleurs l’objet d’une importante bataille judiciaire qui dura plusieurs années mais qui tourna à l’avantage de Rossini). La première version de cet ultime chef d’œuvre était composée pour un chœur de douze artistes des « trois genres » (hommes, femmes, castrats), quatre solistes deux pianos et un harmonium. C’est en 1867 qu’il « sort » une version pour solistes, chœur et orchestre ; c’est cette seconde version, que Rossini n’a jamais entendu de son vivant(il est mort peu avant la création qui eut lieu au théâtre des Italiens et non dans une église sur interdiction du Vatican), que l’ensemble Josquin Des Prés, basé à Poitiers, a présenté pour ses concerts de fin de saison. Juste avant le début du concert, Thierry Vallet, le directeur musical et artistique de l’ensemble, annonce que Laurence de la Morandière absente est remplacée par Catherine Manon David qui n’a eu qu’une seule répétition en tout début d’après midi le jour même du concert pour se « cadrer » avec l’orchestre, le chœur et les autres solistes.
Un orchestre au top
Dès les premières notes de l’introduction musicale on apprécie la direction très précise et millimétrée de Thierry Vallet qui a une gestuelle économe et dont les départs sont d’une clarté peu commune. L’orchestre, dont la super soliste fut, dans une autre vie, violon solo d’un orchestre russe, est composé de musiciens amateurs d’un niveau très élevé. Et on ne peut que saluer le très beau travail effectué en amont des concerts (y compris les concerts de noël et les concerts de pâques). Et la direction ferme, précise et rigoureuse de Thierry Vallet assure à chaque fois une interprétation remarquable digne des orchestres professionnels que j’ai eu l’occasion de voir en plus de quarante cinq ans de mélomanie. On saluera aussi la transcription pour quintette (un ensemble original composé d’une flûte, d’une clarinette, d’un cor, d’un basson et d’un hautbois) de l’offertoire instrumental initialement composé pour harmonium. En fin musicien, Thierry Vallet a mis son empreinte avec tact et discrétion sur une œuvre qui permet à chacun de s’exprimer.
Un chœur valeureux malgré quelques fausses notes
Le chœur est aussi composé de choristes amateurs. Et même s’il est préparé avec patience et rigueur par son chef de chœur, j’ai repéré quelques fausses notes dans le Sanctus de la seconde partie. Mais dans l’ensemble le chœur de l’ensemble Josquin Des Prés a donné une performance très honorable pour un ensemble d’amateurs car Rossini a composé une partition particulièrement difficile (mais quelle œuvre de Rossini ne l’est pas ?).
Quatre beaux solistes
Thierry Vallet a toujours eu le nez fin pour inviter des artistes de valeur. Si la soprano Laurence de La Morandière, qui a remplacé Lucie Bourot Raynal après son départ en retraite, n’a pas pu assurer le concert de Saint Savin, elle a été remplacée avec une belle assurance par Catherine Manon David. La jeune femme chantait pour la première fois la version orchestrale de la petite messe solennelle et, arrivée au dernier moment n’a eu qu’une seule répétition pour « se mettre dans le bain ». Elle a donné de belles choses à entendre mais n’a clairement pas eu assez de temps de répétition. La mezzo soprano Aurore Ugolin séduit d’entrée de jeu ; la voix grave et chaleureuse de mezzo de Aurore Ugolin envahit les voûtes de l’église abbatiale sans efforts. Qu’il s’agisse des ensembles, des duos ou de son unique aria, le dernier N° du chef d’œuvre de Rossini, la chanteuse séduit un public venu nombreux. Le ténor roumain Nicolae Hategan, a déjà chanté avec l’ensemble Josquin Des Prés ; on ne peut que saluer un engagement total dans tout ce qu’il chante. Quant à la voix, parfaitement maîtrisée, elle est de celles qui auraient séduit le vieux maestro italien qui composait des partitions d’une difficulté rare pour ses chanteurs. La basse Frédéric Bang Rouet fait montre d’une élégance rare tant dans son attitude générale que dans sont chant. Même si les graves sont parfois écrasés, il livre une performance quasi parfaite et fait honneur aussi bien à l’ensemble Josquin Des Prés qu’à Rossini.
C’est un très beau concert que nous a proposé l’ensemble Josquin Des Prés dont on ne doit pas oublier qu’il est principalement composé d’artistes amateurs aussi bien à l’orchestre que dans le chœur. Si Thierry Vallet, qui a fait le Conservatoire de Paris avant de faire médecine (Frédéric Bang Rouet a, lui, fait le chemin inverse) dirige l’ensemble avec une rigueur incomparable, nous avons aussi vu et apprécié quatre solistes d’un excellent niveau bien que Catherine Manon David ait été désavantagée par le manque de répétitions. Et le public en s’y est pas trompé en réservant à chacun un accueil très chaleureux.
Compte rendu concert. Saint Savin. Église abbatiale, le 28 juin 2026. Gioachino Rossini (1792-1868) : petite messe solennelle. Catherine Manon David, soprano, Aurore Ugolin, mezzo soprano ; Nicolae Hategan, ténor ; Frédéric Bang Rouet, basse. Orchestre et Chœur Josquin Des Prés. Thierry Vallet, direction.

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