Adèle Charvet et l’ensemble Le consort donnent un concert de toute beauté au Théâtre Auditorium de Poitiers


                                    @ crédit photo : Jean Baptiste Millot


C’est l’un des derniers concerts de musique classique et contemporaine de la saison en cours du TAP et on n’a pas été déçus du déplacement. Car l’ensemble Le consort, qui existe depuis 2015, est un très bel ensemble de musique baroque dirigé avec talent par son fondateur le jeune et brillant claveciniste Justin Taylor que j’avais vu à Tours en octobre 2025 ou il jouait avec William Christie (venu sans Les arts florissants) (https://cult.news/musique/classique/christie-taylor-clavecin-tours/). En ce chaud mardi soir de mai il accompagnait la jeune et très belle mezzo soprano Adèle Charvet dont la carrière a explosé en 2020 (nomination dans la catégorie révélation lyrique des victoires de la musique classique).



                                     @crédit photo : Marco Borggrève


Antonio Vivaldi en fer de lance de la soirée


Le programme de ce si beau concert est consacré aux compositeurs vénitiens. Le plus connu d’entre eux étant bien sûr Antonio Vivaldi (1678-1741) ; Si seuls Les célébrissimes quatre saisons ont traversé le temps, son impressionnant corpus musical et opératique refait surface depuis la moitié du XXe siècle et Adèle Charvet défend brillamment les quelques extraits d’opéras du prêtre roux. Les deux concertos choisis pour permettre à la jeune femme de respirer un peu, le Madrigalesco et le concerto en do sont interprétés avec talent par les musiciens, les tempos et les nuances étaient parfaits et la direction discrète, ferme, précise de Justin Taylor, très inspiré en ce chaud mardi soir, a fait le reste.


Pour la partie lyrique, Adèle Charvet interprète avec brio des extraits de cinq opéras de Vivaldi. On ne s’étonnera pas de voir L’Olimpiade (Siam navi) et Farnace (Gelido in ogni vena) dont les deux arias sont chantés sans faiblesse. La voix ample et généreuse de la jeune artiste envahit le vaste auditorium sans efforts même si on ne peut que regretter que le texte ne parvienne pas jusqu’au fond de la salle


Trois compositeurs méconnus pour « accompagner » Vivaldi


Venise était culturellement d’un dynamisme inégalable. Si nombres de peintres et de sculpteurs ont fait sa réputation, les compositeurs n’étaient pas en reste et à l’instar de Vivaldi qui œuvrait à l’Ospedale della pieta (ou étaient abandonnées les filles illégitimes de la noblesse locale), ses confrères composaient pour de riches mécènes ou pour des orphelinats. Justin Taylor et Adèle Charvet ont dû faire des choix drastiques pour respecter leur volonté de ne pas dépasser 1h10 de programme. Michelangelo Gasparini (1670-1732), Giovanni Alberto Ristori (1692-1753) et Fortunato Cherelli (1690-1757) étaient contemporains de Vivaldi de plus ou moins loin mais ils n’ont pas eu l’heur de voir leurs œuvres ressortir de l’ombre. C’est grâce au patient et long travail de recherches de chefs comme Justin Taylor que ces hommes et leurs œuvres commencent timidement à revenir sur le devant de la scène. Adèle Charvet et le Consort interprètent avec la même détermination et le même engagement Il mio crudele amore [Rodomonte sdegnato, Michelangelo Gasparini (1670-1732)]. Il en est de même pour les deux extraits de Ristori (1692-1753) qui sont tout aussi parfaitement défendus et on ne peut que saluer Adèle Charvet qui prend un réel plaisir à chanter ces œuvres oubliées pour les ramener à la lumière.


C’est un concert de très belle facture que Adèle Charvet et le Consort ont présenté au public pictavien avec le programme de leur nouvel opus. Si nous avons souri en voyant la plus jeune spectatrice de la soirée monter sans complexes la scène (on apprendra plus tard qu’il s’agissait de la fille de Justin Taylor) nous avons aussi vu des personnes faire des malaises à cause de la chaleur étouffante. Nous espérons qu’elles se sont rétabli.


compte rendu concert. Poitiers. Auditorium, le 26 mai 2026. Antonio Vivaldi (1678-1741) : L’olimpiade : sinfonia, Siam navi ; concerto madrigalesco RV19 ; L’incoronazione di Dario : Quella bianca e tenerina ; Farnace : Gelido in ogni vena ; Concerto en do RV109 ; Andromeda liberata : Sovvente il sole ; La fida ninfa : Alma opressa. Michelangelo Gasparini (1670-1732) : Rodomonte sdegnato : Il mio crudele amore. Giovanni Alberto Ristori (1692-1753) : Ariana : Nell’onde chiare ; Cleonice : Con favella di pianti. Fortunato Cherelli (1690-1757) : Amalasunta : Astri aversi. Georg Friedrich Händel (1685-1759) : Rinaldo : Lascia ch’io pianga – bis N°1 ; . Adèle Charvet, mezzo soprano ; ensemble le consort ; Justin Taylor, clavecin et direction.

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