L’ensemble Les surprises donne un concert original au Théâtre Auditorium de Poitiers (Titre final : Labyrinthe Baroque)
@ crédit photo : Arthur Péquin
L’ensemble Les surprises passe avec aisance d’un programme à l’autre. Ainsi, après une nouvelle production de Didon et Énée de Henry Purcell (1659-1695) présentée à l’Opéra de Limoges en Janvier dernier (https://cult.news/scenes/opera/une-version-de-didon-et-enee-inhabituelle-a-lopera-de-limoges/), l’ensemble arrive à l’auditorium de Poitiers avec un programme original intitulé « Titre à trouver ». Ce concert que je qualifierais de « participatif », faute d’un meilleur terme, était présenté par le compositeur, musicologue et improvisateur Clément Lebrun. Louis Noël Bestion de Camboulas, fondateur et directeur artistique de l’ensemble Les surprises s’est associé à ce projet original avec enthousiasme.
Une configuration inhabituelle
L’auditorium de Poitiers peut accueillir 1021 personnes. Cependant, ce ne sont que quatre artistes de l’ensemble Les surprises qui sont venus en compagnie de Clément Lebrun ; la salle a donc été aménagée au niveau du gradin soit environ un quart environ de la capacité de l’auditorium. Si on peut regretter que la jauge ait été réduite, on ne peut aussi que s’en réjouir car cela installait dès le début de la soirée une réelle proximité entre les artistes et le public. Et le pari a fort bien fonctionné car les personnes présentes ont été très très réactives et ont participé avec un réel plaisir à ce très beau concert.
Un voyage dans l’Europe baroque (fin XVIe début XVIIIe)
Comme tant d’autres ensembles en France, l’ensemble Les surprises s’est spécialisé dans le très riche répertoire de la musique ancienne et baroque.Car en effet si l’on parle de quelques centaines de compositeurs entre le XVIe siècle et le début du XVIIIe siècle, de très nombreux autres sont très méconnus ou complètement oubliés depuis des lustres. Les directeurs artistiques de ces ensembles font donc un travail de recherche considérable pour les remettre sur le devant de la scène. Louis Noël Bestion de Camboulas n’échappe pas à cette règle bienvenue en l’occurrence puisque la première pièce, Falala, une mélodie fort joliment interprétée par la soprano Eugénie Lefebvre, a été composée par l’espagnol Bartomeu Carceres (1546-?) dont on sait si peu de choses qu’on ne connaît même pas sa date de décès. Cela étant dit, cette courte mélodie nous permet aussi de faire une incursion bienvenue dans l’Espagne du XVIe siècle. Car si l’on connaît très bien l’Espagne de la période romantique, on a encore beaucoup à apprendre sur la période allant du moyen âge au XVIe siècle. Pour continuer avec l’Espagne, très populaire bien avant le XIXe siècle, Gabriel Grosbard (violon), Juliette Guignard (viole de gambe) et Louis Noël Bestion de Camboulas (clavecin) interprètent une œuvre de Marin Marais (1656-1728) : Folies d’Espagne. Et bien sûr, quand l’on parle de Marin Marais on pense instantanément à « Tous les matins du monde », le film de Alain Corneau (1943-2010) : qui retrace la vie du gambiste et son apprentissage de la viole de gambe auprès de Monsieur de Sainte Colombe (vers 1640-vers 1700). C’est aussi l’occasion pour Juliette Guignard de présenter la viole de gambe. Mais c’est aussi l’occasion pour le public de voyager en Flandres (actuels Pays Bas), en Italie et en Allemagne avant de revenir en France. Autant de styles que de pays qui nous sont présentés avec humour et bonne humeur par un Clément Lebrun très inspiré par le challenge proposé par les responsables du Théâtre Auditorium de Poitiers
Quatre musiciens des Surprises survoltés
Si, comme de bien entendu Louis-Noël Bestion de Camboulas était présent, il était accompagné par Juliette Guignard et Gabriel Grosbard, deux instrumentistes de talent, et Eugénie Lefebvre une très belle artiste lyrique qui a donné vie aux mélodies et extraits d’opéras et d’oratorios avec un plaisir gourmand. J’ai apprécié la belle complicité des quatre musiciens qui ont visiblement pris un vrai plaisir à préparer les nombreux morceaux du concert (50 pièces instrumentales et œuvres vocales préparées mais seulement une dizaine présentées au gré des « embranchements » choisis par le public) et à les présenter ensuite aux 250 à 300 personnes présentes). J’ai aussi particulièrement apprécié les interprétations parfaites de chaque œuvre que nous avons écoutées, chacun prenant très à coeur de donner le meilleur de soi.
C’est un très beau concert que nous ont présenté l’ensemble Les surprises et Clément Lebrun. La présentation claire, nette, précise et pleine d’humour de Clément Lebrun, musicologue averti a fait beaucoup pour la réussite de cette soirée originale que j’espère voir se renouveler à l’avenir.
Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 24 février 2026. Bartolomé Carceres (1546-?) : Falala ; Marin Marais (1656-1728) : Folies d’Espagne ; Giulio Cacini (1551-1618) : Amarilli mia bella* ; Peter Philips (vers 1560-1628) : Variations pour clavier ; Georg Friedrich Händel (1685-1759) : Lucrezia (cantate)* ; Dietrich Buxtehude (1637-1707) : prélude pour clavecin ; Francesco Cavalli (1602-1676) : Giasone* ; Jean Philippe Rameau (1683-1764) : danse , tambourin (extraits de l’opéra Hyppolite et Aricie) ; Tarquino Merula (1595-1665) : Canzone sprituale* ; André Cardinal Destouches (1672-1749) : De nos fleurs les vives couleurs*. Bis : Jean Sébastien Bach (1685-1750) : cantate BWV 58*. Clément Lebrun, musicologue et improvisateur ; Eugénie Lefebvre, soprano ; Gabriel Grosbard, violon ; Juliette Guignard, viole de gambe ; ensemble Les surprises. Louis Noël Bestion de Camboulas, clavecin et direction
* œuvres chantées par Eugénie Lefebvre

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